La journée s’annonçait belle malgré les nouvelles sombres sur la centrale nucléaire au Japon. Dans mon jardin il y avait le beau temps et le printemps. Notre chat était également de cet avis et déposait généreusement le rouge-gorge mort sur le paillasson de la cuisine, à coté du pot de « cœurs de Marie ». A cet instant j’aurais pu tuer ce chat qui un jour était arrivé de nulle part. Toute fois : était-il vraiment le coupable ?
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Nous avions un rouge gorge dans notre jardin. D’après nous, depuis des années. Je le voyais avec plaisir installé sur une des branches du sapin argenté. Surtout en hiver. Parfois je songeais à l’étendue de son territoire. Jusqu’à quel jardin ? Chez quels voisins? Il avait l’air malin et rapide. Je ne me tracassais pas pour lui.
Ce matin je l’ai découvert mort sur notre paillasson de cuisine. Apparemment intact mais avec les petites pattes raides et les yeux fermement clos. Un petit cadeau de notre gros matou de passage puis resté ? Qui nous considère comme les maitres de sa maison et qui rend le jardin dangereux pour tout être à plumes ?
Une fois nous lui avons -accidentellement- défoncé le crane.
C’était au début, lorsque nous nous observions encore de loin. Sauf quand il y avait de quoi se régaler. Nous veillions à distance et attendris sur le patapouf vagabond qui nous mangeait de plus en plus dans la main et qui venait se frotter contre nos jambes. Un beau jour il sauta sur nos genoux et lécha nos mains et bras. Bien que nous soyons de grands connaisseurs en matière de chat, nous n’avions encore jamais vécu une chose pareille et étions définitivement perdus. D’autant plus que Rôchat préférait vivre dehors, sauf par grand froid. Donc pas de litière et peu de problèmes de poils.
Au début de notre période de rapprochement, les tourterelles n’avaient pas encore tout à fait pigé qu’un intrus rendait le jardin moins sûr. Par mesure anticipatrice nous avions cessé de partager notre petit déjeuner avec elles. Trop risqué avec Rôchat en position de rampeur à plat ventre en embuscade entre les pots de fleurs. Mais les Tourterelles s’étaient habituées à nous depuis bien des années et les enfants de leurs enfants idem.
Elles revenaient quand même, pour voir s’il n’y avait rien à picorer.
Ainsi arriva inéluctablement le jour du drame. Nous prenions le café dans le jardin. Tout à coup je voyais passer Rôchat à fond la caisse, tenant dans sa gueule la tourterelle femelle. Un cri m’échappait. Le pourchasser et l’attraper par la peau du cou s’avérait mission impossible. Un chat de 8 kilo peut faire des choses bizarres quand tu ne lui plais pas.
Mon compagnon totalement retourné par mon cri et détresse, accourut lourdement armé. Il agitait dangereusement le gros balai dru, frisant quasiment le chat qui grognait et se mettait à courir. Avec ruse le héro du balai coupait la route à la bête féroce, lequel faisait demi-tour avec l’intention très évidente de se propulser dans les buissons. Bizarrement il changea d’idée au dernier moment et s’arrêta net avec à nouveau un lourd grognement. A ce moment précis le balai dru traversait l’espace. Le geste était prévu d’être une diversion. Le balai devrait frapper le sol pour effrayer le chat. Rien n’en fut. L’arme lourde s’abattait en plein sur le crâne.
La tourterelle voletait soulagée dans un arbre pour y lisser ses plumes. Le chat s’écartait avec un cri affreux et s’exila via la haie dans le jardin voisin. Le héro du balai apparut de derrière le buisson, totalement retourné. « Je crois que je l’ai touché un peu fort… sur la tête. Maintenant il va peut-être mourir ».
Le reste de notre après-midi nous furent fort occupés, cherchant et appelant. Moi –avec ma grande expérience des chats- expliquais qu’en général les chats malades ou mourants se cachent. Puis c’était un chat vagabond. Il nous connaissait à peine,…etc…etc… Au fur et à mesure que l’après-midi avançait, mon compagnon était de plus en plus triste. Il avait fini par l’aimer ce con de chat. Que notre nouvel ami bouffait nos petites copines les tourterelles jetait la consternation, mais qu’il ait peut-être frappé le chasseur mortellement, était insupportable.
A dix heures du soir, je refaisais un tour dans le jardin. Une jolie lune rayonnait dans le ciel étoilé et dans la lumière pale j’aperçus d’un coup une bête sombre entrant au jardin en titubant. Rôchat ! A Cinq mètres il se coucha. Doucement je tentais de m’approcher de lui, mais à chaque fois il recula d’autant de pas.
Nous nous sommes alors assis sur le caillebotis devant la porte de la cuisine, avec une coupelle de lait et appelions tour à tour doucement. Rôchat se mouvait comme s’il était sou, ou presque mort. Compagnon était au désespoir. Enfin après plus d’une heure le chat était à deux mètres, la coupelle de lait sous son nez et commençait prudemment à laper.
Ce n’est qu’après que nous avons pu le ramasser. Il avait une énorme entaille sur la tête. Au milieu, entre les oreilles. Pendant une semaine nous l’avons ensuite soigné. Il laissait tout faire et passait son temps écrasé sur un coussin dans la serre. Depuis il est définitivement chez lui dans la maison et dans le jardin et nous suit au quotidien comme un petit chien. Il ne touche plus jamais aux tourterelles car il a appris que cela donne une grosse migraine.
Et pourtant nous avons découvert notre Rouge-gorge mort sur le paillasson de la cuisine ce matin. Rôchat ? Ou PetitChat, l’autre minou de passage tout mignon, qui partage depuis des mois les repas de Rôchat et qui dort dans la serre…
Six-Fours le 26 mars 2011





[...] [Français] [...]
Les mésanges, les tourterelles et le rouge-gorge qui batifolent dans notre laurier ou dans le forsythia ne craignent rien des chats errants (et noirs aussi, et fainéants) qui font leur lit dans un tas de feuilles mortes: ces oiseaux vivent trop haut pour eux, qui se contentent d’attendre leur pitance devant la porte de Mme H., gentille mère-poule! Ainsi va la paix dans le monde de l’oiseleur…
Beau texte et belle histoire de présomption d’innocence, chère Martinke.
Bonjour l’Oiseleur, la présomption ne vaut que pour l’un ou l’autre. Tant pis. Nous ne saurons jamais. Mais je jardin n’est plus comme avant. Un peux plus fade, un petit vide. J’aimerais bien ne pas aimer les chats…